Le Honduras est arrivé à la mi-2026 avec un gouvernement d’extrême droite qui a exacerbé le conflit agraire, aggravant ainsi la criminalisation, les persécutions et la violence dans les milieux ruraux. Le 21 mai, 20 paysans et paysannes ont été assassiné.e.s dans la communauté de Rigores, à Trujillo, dans la province de Colón et la région de Bajo Aguán. « Cette tragédie est un deuil non seulement pour le Honduras, mais pour l’ensemble du mouvement paysan mésoaméricain et latino-américain », a déclaré La Via Campesina dans un communiqué.
Deux semaines plus tard, le Congrès national a adopté la loi dite « Loi pour le renforcement et la protection du Secteur agro-industriel ». Cette loi, promulguée par le Décret n° 107/2026, stipule que les terres destinées à l’agro-industrie sont intouchables et prévoit une intervention immédiate de la police nationale et du ministère public en cas d’occupations. Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, les mouvements paysans, autochtones et garifuna ont tenu des barrages routiers et des journées de mobilisation dans tout le pays, exigeant son abrogation.
Capire a interviewé Wendy Cruz, membre de la Marche Mondiale des Femmes et de la Coordination latino-américaine des organisations rurales, qui fait partie de Via Campesina (CLOC-LVC), sur cette situation d’attaques et de résistance au Honduras. Elle fait également partie de la Plateforme 25 novembre, « un espace diversifié de femmes paysannes, autochtones, coopérativistes et travailleuses domestiques, qui rassemble plus de 60 organisations à travers le pays ».

Quels sont les principaux programmes et défis communs entre les paysannes et les femmes autochtones de la région ?
Les principaux agendas des paysannes et des femmes autochtones de la région sont la défense de la terre et du territoire. Nous sommes confrontées à une offensive du grand capital visant à reconcentrer la propriété foncière et à renforcer les modèles d’exploitation des ressources naturelles. Nous venons de rentrer d’une rencontre des femmes méso-américaines de la CLOC-LVC, au cours de laquelle nous avons discuté de la montée de l’extrême droite dans la région. C’est une extrême droite qui a des alliés stratégiques, comme les religions fondamentalistes, qui mettent les droits humains des femmes dans une situation encore plus précaire.
La région mésoaméricaine est la cible d’interférences politiques en raison d’intérêts géopolitiques et liés aux biens communs. De plus, il y a toute cette question de développement touristique qu’ils veulent mettre en œuvre au Honduras. Tout cela augmente notre vulnérabilité. Il convient de rappeler que nous sommes une région riche en ressources naturelles — qui, pour nous, sont des biens communs. La région mésoaméricaine est extrêmement riche, ce qui nous confronte à un capital implacable.
Le gouvernement des États-Unis a mis un prix sur notre région. En mettant un prix sur nos biens communs, il met un prix sur la vie de milliers de familles, en particulier la vie des femmes et des enfants.
Le massacre de Rigores et l’adoption de la loi sur l’agro-industrie ont marqué ces derniers mois au Honduras. Que se passe-t-il dans le pays et comment les femmes rurales se mobilisent-elles contre l’extractivisme et la militarisation ?
Il ne fait aucun doute que l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement d’extrême droite — le gouvernement actuel est en place depuis seulement six mois — a entraîné de nombreux événements négatifs dans le pays. L’un d’entre eux a été l’adoption, par le Congrès national, de la loi sur le secteur agro-industriel. Pour nous, cette loi représente la légalisation de l’expropriation des territoires des communautés paysannes et autochtones. Après la promulgation de la loi, environ un millier d’expulsions ont été annoncées. De plus, au moins 60 conflits territoriaux liés à la défense de l’environnement ou à la défense du territoire ont été enregistrés. Cela nous maintient en alerte constante. C’est pourquoi de nombreuses actions sont menées, organisées territorialement par les communautés paysannes et garifuna, avec de nombreuses personnes manifestant également pour défendre le droit à la terre.
Cette loi pour renforcer l’agro-industrie ne concerne pas seulement l’expropriation des terres. Elle est liée au développement de projets d’exploitation liés au tourisme, qui chassent les communautés garífunas depuis de nombreuses années, ainsi qu’au développement énergétique du pays. Garantir le droit à l’eau est fondamental, car la population du Honduras est confrontée à une crise d’accès à l’eau pour la consommation. Tout le monde se demande comment il se fait qu’il y ait de l’eau pour les monocultures, mais pas pour la consommation humaine.
Tous ces projets de monoculture et d’exploitation des ressources naturelles ne font qu’aggraver les inégalités et accaparer les terres et les biens communs.
Nous sommes surtout confronté.e.s à un État qui refuse de se conformer aux décisions internationales de la Cour interaméricaine des droits humains relatives aux peuples garífunas, en vertu desquelles l’État est tenu de verser des indemnités pour les préjudices subis.
DESTAQUE: Que signifie compenser les dommages ? Cela signifie rendre aux garifunas les terres qui leur appartiennent. Mais ce qu’ils reçoivent, c’est une menace d’expulsion permanente.
Il est également important de mettre en garde contre le rôle des entreprises de sécurité privées dans le pays. Il existe environ 700 sociétés de sécurité privées enregistrées, qui comptent 60 à 70 000 hommes armés. Ce nombre représente plus du double de ce que nous considérerions comme la force de police civile du pays. C’est une plainte constante dans les conflits agraires.
Le rôle des femmes est de mener la lutte pour la défense des territoires. Le droit à la terre devrait être lié à d’autres droits humains, tels que le droit au logement, à la production alimentaire et à vivre dans un environnement plus pacifique. Ce sont les femmes qui se tiennent à la tête des territoires lorsque la Police nationale sévit et emmène de nombreux hommes en prison.
Le gouvernement actuel contrôle à la fois le Congrès national, où il dispose de la majorité absolue, et la Cour suprême. Au moyen de procédures politico-judiciaires, ils ont destitué des personnalités qui œuvraient en faveur de changements visant à défendre les peuples. Cette situation nous laisse dans une plus grande vulnérabilité et dans une situation d’impuissance totale. Des organisations telles que l’Organisation fraternelle noire hondurienne (OFRANEH) dénoncent que ces procès ont été transférés dans d’autres villes afin de ne pas avoir à faire face aux revendications du peuple garifuna.
Nous, les femmes, avons toujours joué un rôle essentiel dans la défense des biens communs et dans la mobilisation internationale, aux côtés des organismes internationaux de défense des droits humains et des organisations sociales. Nous devons unir nos forces pour continuer à dénoncer cette situation en permanence. La vie des leaders des mouvements sociaux est en totale vulnérabilité, et aussi en danger imminent devant ces groupes de sécurité qui opèrent dans le pays sans aucun contrôle.
Quelles devraient être les stratégies, au niveau national et international, pour mettre fin à la répression et garantir la justice ?
Le 29 juillet 2026, une manifestation publique a eu lieu au Honduras, au cours de laquelle le mouvement paysan et garifuna a remis plus de 5 000 signatures recueillies sur l’ensemble du territoire, exigeant la destitution de 17 députés et députées qui ont soutenu cette loi visant à renforcer l’agro-industrie, en particulier celle du président du Congrès national, le député Tomás Zambrano. Cette loi est inconstitutionnelle, car notre Constitution dit que toutes les lois doivent s’appliquer à tous les citoyens, pas seulement à un secteur spécifique.
Le mouvement paysan est en mobilisation permanente. Depuis le 17 avril, Journée internationale de lutte paysanne, nous menons des actions au niveau national, nous sommes mobilisé.e.s. Dans tout le pays, dans différentes régions, les routes ont été bloquées, et maintenant nous présentons ces plus de 5 mille signatures pour demander la cassation des traîtres aux droits humains des paysans et paysannes au Honduras.
Les mouvements ont attiré l’attention, tant au niveau national qu’international, sur la vulnérabilité des droits des défenseurs de la terre et du territoire. Avec les massacres, les poursuites pénales et les expulsions incessantes, aucun protocole ni aucune norme internationale ne sont respectés. L’État viole le principe suivant : assurer des conditions décentes pour que les personnes se mobilisent sur leurs territoires en cas de conflits liés à la légalisation des terres.
Au Honduras, nous sommes confronté.e.s à un grave problème, puisque près de 80 % des terres présentent des difficultés juridiques, comme le soulignent diverses analyses et rapports élaborés à partir des diagnostics de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Nous n’avons pas de registre unifié qui permettrait de contrôler les titres de propriété. Au Honduras, le secteur des affaires, en général, a acquis des terres par des actes frauduleux, c’est-à-dire par des documents frauduleux, contournant les droits ancestraux, tels que ceux des peuples autochtones. L’État ne manifeste aucun intérêt pour la régularisation foncière des communautés paysannes et autochtones, ce qui rend encore plus vulnérable le droit des peuples autochtones à la sécurité foncière.
Tant que nous n’aurons pas résolu la question de la régularisation des terres des communautés et garanti les droits fondamentaux d’accès à la terre, le conflit foncier restera un problème structurel dans le pays, quelque chose que la plupart des gouvernements n’ont jusqu’à présent eu aucun intérêt à résoudre.
