Visibiliser les victimes et la colère : se solidariser au-delà des frontières



08/09/2026 |

Par Coordination du Québec de la Marche Mondiale des Femmes

La Marche Mondiale des Femmes au Québec organise la lutte pour dénoncer et combattre le nombre élevé de féminicides

Au Québec, l’année 2026 est déjà tristement marquée par un nombre record de féminicides. Les féminicides ne sont pas des gestes isolés : ils s’inscrivent dans un continuum de violences et de rapports de pouvoir qui exigent une réponse collective et politique.

Nous parlons de continuum de violence pour englober l’ensemble des formes de violences subies, allant des microagressions quotidiennes aux violences extrêmes tel que l’acte de tuer. L’aborder sous cet angle permet de souligner l’interconnexion entre ces différentes formes et de les inscrire dans un système de discrimination fondé sur le sexe et le genre.

Ainsi, peu importe sa forme, son intensité ou sa provenance, la violence reste de la violence et nous devons la combattre.

Les femmes se mobilisent

Depuis plusieurs mois, une résistance s’organise au Québec. Partout dans la province, des organisations féministes descendent systématiquement dans la rue à la suite d’un drame. Les actions de mobilisation sont autonomes les unes des autres, mais la plupart ont lieu le jeudi suivant un féminicide. Parfois, l’appel provient d’organisations régionales ; d’autres fois, il s’agit d’initiatives locales.

À l’origine de ces appels à l’action

L’initiative qui a inspiré ces mobilisations spontanées est née dans la région de la Ville de Québec. Le concentration des groupes de femmes de la région a commencé à inviter la population à se rassembler sur l’heure du dîner, le jeudi suivant un féminicide. L’idée était de créer une habitude afin de faciliter la mobilisation.

Cette façon de faire a graduellement inspiré d’autres organisations féministes partout dans la province, qui ont adopté une démarche similaire. Le concept est simple : s’installer à un coin de rue ou sur une artère passante aux heures de fort achalandage afin d’être visibles des automobilistes et piéton·nes.

Aujourd’hui, lorsqu’un nouveau meurtre est rapporté dans les médias, des groupes féministes de plusieurs régions lancent rapidement un appel pour une action de visibilité.

Trois féminicides en dix jours 

En août, deux féminicides ont été commis en moins de 48 heures, à quelques rues de distance seulement. Des enfants ont été témoins du meurtre de leur mère. Nous avons commencé ce texte et une 17e femme – une femme autochtone – a été tuée. L’impuissance nous a saisies et la nécessité d’action nous a mobilisées. Malgré la période de vacances, plus de 17 actions ont eu lieu dans la même semaine pour dénoncer ce problème social. C’est ce que l’on voit sur les pancartes, on lit des slogans tels que « Pas une de plus » ou « La prochaine est encore en vie », mais surtout les noms des victimes, pour que l’on se souvienne d’elles.

Des chiffres trop élevés

L’année s’annonce déjà meurtrière. À ce jour, le nombre de féminicides varie entre 14 et 17. À titre de comparaison, 16 était le nombre total de féminicides pour l’année dernière et nous sommes seulement en septembre.

Les médias et même les organisations féministes n’utilisent pas toujours les mêmes critères pour définir un féminicide, ce qui explique la variation observée plus haut. Certaines incluent, par exemple, le suicide forcé, le féminicide par omission de soins, le matricide ou encore les meurtres liés à une occupation stigmatisée. Malgré les divergences de définition, un point commun demeure : des femmes sont tuées parce qu’elles sont femmes. Les femmes à la croisée des oppressions sont tristement surreprésentées parmi les victimes : environ les deux tiers d’entre elles sont racisées.

En période électorale, la vie des femmes doit être une priorité nationale

Au moment où nous écrivons ces lignes, la prochaine est encore en vie. Pour éviter qu’un drame survienne à nouveau, des solutions existent. Mais pour qu’elles soient réellement mises de l’avant, la sécurité et la vie des femmes doivent devenir une priorité nationale, particulièrement en cette période électorale qui commence au Québec. Dans l’urgence, l’accès à des services adéquats est essentiel : il faut augmenter le financement des maisons d’aide et d’hébergement et investir dans l’ouverture de nouvelles ressources, alors qu’une demande d’hébergement sur deux est actuellement refusée faute de place.

Chaque organisation membre porte ses propres revendications. Inspirées par les valeurs de la MMF et par le projet de la Charte mondiale des femmes pour l’humanité, nous affirmons qu’une transformation complète de la société et des rapports sociaux est nécessaire. Comme nous l’avons indiqué plus tôt, les féminicides ne doivent plus être considérés comme des actes isolés ou individuels, mais comme un phénomène collectif. Les solutions doivent donc être systémiques.


Renforcer l’autonomie économique des femmes constitue un facteur de protection central. Cela implique des investissements majeurs dans les politiques sociales, la bonification des programmes permettant de répondre aux besoins de base et un engagement massif dans le développement de logements sociaux pour répondre à la crise du logement qui frappe le Québec.

Nous sommes également profondément préoccupées par la régression des mentalités et la montée du masculinisme, qui promeut des discours de domination masculine et contribue à légitimer la violence. Cette dérive doit être prise au sérieux : les valeurs féministes doivent orienter nos institutions et guider les décisions politiques qui façonnent notre société. Le massacre doit cesser.

Il ne s’agit pas de perte de contrôle

Nous en avons assez que des hommes tuent des femmes par excès de contrôle, et non par perte de contrôle.
 Les médias parlent souvent de « crime passionnel » ou de « drame conjugal », alimentant ainsi le mythe selon lequel ces actes seraient commis dans un moment de débordement émotionnel. Or, les organisations spécialisées en violence conjugale sont claires : la violence conjugale repose sur des rapports de pouvoir et des stratégies de coercition. Il s’agit d’une prise de contrôle sur les femmes.

Dans les cas extrêmes de féminicide, il est essentiel de comprendre que l’acte est commis dans une volonté de domination. C’est pourquoi nous affirmons qu’il ne s’agit pas d’une perte de contrôle, mais d’un excès de contrôle.

Un problème international sans frontière

Malheureusement, la situation ne se limite pas au Québec. Celles qui nous lisent savent que les féminicides constituent un problème dans leur propre pays. La violence sexiste et le patriarcat n’ont pas de frontières : les féminicides sont un enjeu international.

C’est pour cette raison que nous portons nos luttes à travers des réseaux internationaux. 
Chaque meurtre commis contre une femme est une violence commise contre toutes les femmes – ici comme ailleurs. Face à un problème mondial, la solution doit être mondiale. Elle se trouve dans notre sororité, dans notre solidarité. Notre lutte est féministe. Notre lutte est internationaliste.

Articles associés