Femmes en défense du Venezuela : construire une solidarité féministe contre l’Impérialisme

27/02/2026 |

Capire

Des femmes du Venezuela, de Palestine, de Cuba, de Turquie et du Népal expriment la force féministe pour la défense de l'autodétermination des peuples

Avec une force populaire et féministe, les femmes dénoncent et se mobilisent dans les rues et les réseaux contre l’offensive impérialiste du gouvernement Trump et des États-Unis en Amérique latine. Les attaques militaires contre le Venezuela et l’escalade des menaces contre Cuba ont démontré comment les États-Unis continuent d’utiliser leur machine de guerre et leur appropriation contre les expériences des gouvernements populaires et socialistes. En réponse, les Peuples démontrent leur capacité à défendre leur autodétermination et exigent la libération du président Nicolás Maduro et de la députée Cilia Flores.

Alejandra Laprea, de la Marche Mondiale des Femmes (MMF) au Venezuela, rapporte la terreur vécue par la population de Caracas, La Guaira et Miranda aux premières heures du 3 janvier 2026 : « le sentiment était que nous étions sur le point de perdre la vie, que nous étions sur le point de perdre la ville. Nous n’avions aucune idée de ce que les troupes états-uniennes cherchaient, si c’était pour tout détruire ou quoi. Cette terreur a été ressentie par les gens ici dans le centre du pays et dans d’autres régions également, car même ceux qui n’étaient pas ici étaient en contact, communiquant avec leurs proches à Caracas ».

Alejandra dénonce comment, parallèlement aux offensives militaires et économiques, le Venezuela fait face à une intense guerre médiatique et de communication, qui cherche à délégitimer le gouvernement et à démoraliser l’organisation populaire. « Dans les médias, on continue de qualifier le président légitime de cette nation, Nicolás Maduro, de dictateur, y compris des gens qui sont de notre côté. Le récit qui dit « même s’il est un dictateur, il ne méritait pas ça » est douloureux pour nous, car Maduro est notre président. Il est notre président légitime. C’est la décision du peuple ».

Ce contrôle impérialiste de l’information tente de rendre invisible la présence populaire dans les rues et d’affaiblir la confiance collective, mais il rencontre une résistance quotidienne chez un peuple qui, même attaqué, continue d’être organisé et mobilisé par la décision de continuer dans la rue et de travailler. Comme le dit Alexandra, après plus de 25 ans de la Révolution bolivarienne, les gens ont appris que « nous pouvons être attaqués de bien des façons, mais nous répondons par le travail, nous répondons dans la rue, nous continuons à soutenir la vie dans nos communautés ». La démocratie s’exprime également dans la résistance permanente aux sanctions, la guerre économique, les menaces constantes et la présence militaire dans les Caraïbes.

« Ils ne pourront jamais nous enlever notre joie », affirme Alejandra, expliquant le rôle central des féministes populaires vénézuéliennes pour organiser un soutien psychologique, renforcer les initiatives productives, organiser des formations dans les quartiers et faire progresser la construction des communes féministes et anti-patriarcales.

Solidarité féministe

Alejandra souligne le vaste réseau de solidarité internationale qui s’est mobilisé face à l’escalade des agressions contre son pays. Ces mobilisations ont été fondamentales pour que le peuple vénézuélien ne se sente pas seul dans l’un des moments les plus graves de l’histoire récente du pays.

En reconnaissant le rôle historique de Cuba, Alejandra réaffirme la mémoire d’une solidarité construite depuis le début de la Révolution bolivarienne. Le peuple cubain a suivi le processus vénézuélien depuis le début et est devenu une référence de la résistance anti-impérialiste.

Pinar Yüksek, de la MMF en Turquie, et Daya Laxmi, de la MMF au Népal, partagent l’expérience de solidarité internationale qu’elles ont vécu à la Brigade Féministe Alexandra Kollontaï de solidarité avec le Venezuela, tenue en 2022. Pour Pinar, participer à la brigade signifiait rompre avec le récit dominant répandu à l’extérieur du pays, marqué par la désinformation et la guerre idéologique.

Daya renforce le fait que la solidarité internationale est un choix politique conscient pour la résistance populaire. D’un point de vue féministe, elle dénonce que la guerre contre le pays ne se fait pas seulement par des moyens militaires, mais aussi par la faim, les blocus et la peur. « Ce n’est pas seulement une guerre de bombes. C’est une guerre menée avec la faim, avec le blocus des médicaments, avec des sanctions économiques et avec la peur. Les attaques contre le Venezuela ne concernent pas seulement la démocratie et les droits humains. Il s’agit du contrôle impérialiste sur la terre, le pétrole, le travail et le corps des femmes. […] Il n’y a pas de libération des femmes sans souveraineté nationale » elle fait remarquer.

Pour Pinar, l’attaque contre le Venezuela est un avertissement pour tous les peuples : « Le Venezuela a montré la possibilité de gérer sa propre richesse et son propre avenir, c’est pourquoi le pays est considéré par les États-Unis comme une menace pour la sécurité ». Les sanctions imposées affectent directement les conditions de vie, y compris la nourriture, les médicaments et les services de base, mais Pinar souligne que le peuple vénézuélien « ne raconte pas l’histoire des difficultés en tant que victime. Au contraire, il raconte comment la résistance a été réalisée ». Cette résistance a transformé le blocus en un processus de construction de la souveraineté.

Impérialisme états-unien

L’offensive actuelle des États-Unis contre le Venezuela et Cuba est une continuation de l’impérialisme historique états-unien et de sa tentative de maintenir la domination politique et économique sur les peuples. Au nom des organisations populaires opérant aux États-Unis, Claudia de la Cruz, membre du Parti pour le socialisme et la libération (PSL), renforce l’engagement en faveur de la solidarité internationale, soulignant que ces mouvements sont en mobilisation solidaire.

Les attaques extérieures sont liées à une vaste stratégie états-unienne contre la classe ouvrière et migrante sur son propre territoire. Pour Claudia, « l’administration Trump n’est pas une anomalie. C’est l’intensification de la réponse des États-Unis à la profonde crise capitaliste, et cela se traduit par une guerre menée sur deux fronts — la répression interne et l’agression impérialiste — pour détruire tout sentiment de résistance et maintenir l’hégémonie. ». Face à l’avancement de la conscience politique, de la solidarité internationale et de la lutte anti-impérialiste, Claudia soutient que « la répression accrue du gouvernement n’est pas un signe de force, mais de panique et de faiblesse ».

Pour la cubaine Llanisca Lugo, du Centre Martin Luther King, il ne s’agit pas d’un impérialisme désorganisé, mais d’une logique de domination soutenue par une idéologie fasciste basée sur une idée de supériorité. Selon elle, il existe une rationalité politique qui cherche à contrôler les territoires, les richesses et les peuples considérés comme jetables. Dans ce contexte, les attaques contre le Venezuela font partie d’une offensive mondiale qui dépasse l’Amérique latine et les bases de la Doctrine Monroe.

En situant historiquement ce processus, Llanisca rappelle la longue trajectoire des interventions des États-Unis dans la région, des coups d’État du XXe siècle aux formes contemporaines de guerre et d’occupation. Elle explique comment « la violence du 3 janvier, la façon dont nous imaginons la souffrance du peuple vénézuélien, renvoient également aux images des bombardements à Gaza et de la guerre au Moyen-Orient. Mais cette douleur, ces sons qu’Alejandra mentionne, ces souvenirs des gens, tout cela nous fait réaliser que nous vivons un moment singulier dans notre région ».

L’impérialisme cherche à détruire la Révolution bolivarienne parce qu’elle fait preuve de stabilité, de participation populaire et d’audace politique. En même temps, la guerre des récits tente d’effacer l’existence de ce peuple résistant, créant l’image d’un pays isolé. En ce sens, les attaques contre le Venezuela ne s’expliquent pas seulement par le différend économique, mais par la capacité politique et organisationnelle du pays et de son peuple. Comme le déclare Llanisca « le pays qui ose penser aux moyens de vaincre le capitalisme aujourd’hui est le Venezuela ».

Du Moyen-Orient à l’Amérique latine

En établissant un parallèle entre les luttes des peuples palestinien et vénézuélien, Ruba Odeh, de la MMF en Palestine, affirme que ce qui se passe aujourd’hui dans le monde ne peut être compris comme un ensemble de faits isolés, mais comme les expressions d’un même système de domination. Selon elle, « la cause palestinienne n’est pas éphémère, mais le résultat de décennies d’occupation coloniale. De la Palestine au Venezuela, la cause est une et l’ennemi est un ». Cet ennemi historique, qui soutient l’occupation sioniste et attaque le Venezuela, est le même qui cherche à effacer la mémoire, l’identité et les droits des peuples par des sanctions, des blocus et des attaques contre la souveraineté.

Cette analyse est développée par Abeer Abu Khdeir, qui est également membre de la MMF en Palestine. Pour elle, ce à quoi le pays latino-américain est confronté est « un nouveau chapitre du terrorisme impérialiste organisé contre les États souverains et contre tout mouvement de libération qui rejette la soumission aux dictateurs états-uniens. ». Abeer dénonce que le discours états-unien de défense de la démocratie est en fait « un front pour la pratique de la piraterie impérialiste, pour voler les richesses, s’approprier le pétrole, les mines et le gaz naturel et confisquer le pouvoir de décision politique indépendant du peuple vénézuélien ».

Pour les militantes, la solidarité internationale n’est pas symbolique, mais stratégique et nécessaire, puisque la défense de la souveraineté vénézuélienne fait partie de la même bataille menée en Palestine. Comme indiqué par Ruba, « la lutte à Caracas est la lutte à Jérusalem, Gaza, Ramallah et Haïfa ». Abeer renforce le « droit inhérent et inaliénable du peuple vénézuélien à résister sous toutes ses formes et à défendre son existence et sa souveraineté nationale ».

Inévitablement, l’arrogance impérialiste sera détruite par la conscience et le courage du peuple libre et amoureux.

Abeer Abu Khdeir


Les déclarations contenues dans cet article ont été présentées lors de l’ activité virtuelle « Les femmes pour la défense du Venezuela : construire une solidarité féministe contre l’impérialisme », tenue le 14 janvier par Capire, Marche Mondiale des Femmes et Assemblée mondiale des peuples.

Written by Bianca Pessoa
Edited by Helena Zelic
Translated by Aline Scátola

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